Appel à contribution pour un numéro thématique de la revue e-JIREF

Évaluer les performances orales sans les dénaturer? Projet de numéro thématique e-Jiref

coordonné par
Roxane Gagnon et Stéphane Colognesi Roxane.Gagnon@hepl.ch et stephane.colognesi@uclouvain.be

Résumé :

Ce numéro aborde la question de l’évaluation à travers le prisme d’un objet qui échappe aux tentatives de délimitation, de catégorisation, de définition. L’expression orale, de par ses dimensions multimodales et pluricodiques, combine des dimensions linguistiques, paraverbales (les contours de la parole : le débit, le volume, les accents, les intonations) et non-verbales qui sont encore méconnues des évaluateurs ou qui n’ont pas fait l’objet de propositions didactiques valides et opérationnelles dans la classe. Cela peut donc poser problème à ceux qui désirent évaluer l’oral, qu’ils soient praticiens, chercheurs ou formateur. L’intérêt de ce numéro est d’aborder de front le problème de l’évaluation de l’oral en posant la question des choix et du traitement des dimensions à évaluer et des moyens pour le faire : comment évaluer la production orale de l’élève, sans la dénaturer, c’est-à-dire sans lui faire perdre tout son sens et toute sa richesse ?

Argumentaire :

Ces dernières années, en réponse à des préoccupations ou des demandes des enseignants, beaucoup d’initiatives de formation et de recherches ont vu le jour dans le champ de la didactique de l’oral afin de rendre possible ou d’outiller l’évaluation des habiletés orales des élèves (Colognesi, Vassart, Blondeau & Coertjens, 2020; Dupont & Grandaty, 2016; Falardeau, Dolz, Dumortier & Le françois, 2016; Gagnon, de Pietro & Fisher, 2017; Sénéchal, Dumais & Bergeron, 2019). Ces différentes propositions réinterrogent les contours même de l’objet à enseigner, la sélection de l’enseignable et, de fait, posent la question de l’articulation entre l’enseignement dispensé et les démarches d’évaluation mises en œuvre (Grandaty, 2001).

Les difficultés liées à l’évaluation de la production de l’oral ont été circonscrites dans plusieurs écrits (Garcia-Debanc, 1999; Garcia-Debanc, Laurent, Margotin, Grandaty & Sanz-Lecina, 2004; Nonnon, 2005) : « l’oral implique l’ensemble de la personne » (Garcia- Debanc, 1999) et, partant, engage des affects, touche à l’intime. La qualité d’une performance orale se mesure à l’aune de critères qui dépassent la maitrise des aspects linguistiques. L’oral produit est « mis en bouche » et intègre des dimensions paraverbales, mais aussi « mis en corps et en espace », ce qui correspond aux dimensions non-verbales. Ces critères doivent donc intégrer la maitrise de gestes, la gestion de l’espace, l’articulation

du ou des support(s) à la parole (Gagnon & Dolz, 2016). Comment traiter l’ensemble de ces critères? Jusqu’à quel point, que l’on soit enseignant, formateur ou chercheur?

Les réponses à ces questions intéressent de prime abord les praticiens qui, à maintes reprises, interpellent le milieu de la formation et les décideurs politiques. Les enseignants disent manquer d’outils fiables ou valides et préfèrent se tourner vers l’écrit ou vers des oraux fortement teintés par l’écrit (l’exposé oral, la récitation de poèmes, par exemple; Colognesi & Deschepper, 2019) pour contourner le problème de l’évaluation de la production orale. Incités fortement par les prescriptions institutionnelles de traduire en une note écrite les performances des élèves, ils recourent à des grilles d’évaluation, trouvées dans des manuels, en ligne ou créées pour l’occasion. Le problème étant alors que les critères sont tantôt absents, tantôt partiels, tantôt trop généraux ou encore subjectifs. Ces constats sont relayés par les formateurs quand ils souhaitent évaluer les prestations orales des étudiants, que ce soit en stage ou en situation de présentation dans un cours.

Du côté de la recherche, les chercheur·e·s se montrent distants par rapport à l’établissement, la caractérisation de modèles de la performance (Hassan, 2011). Peu de travaux explicitent des critères quantitatifs pouvant amener à une mesure. La tendance chez les chercheurs est de proposer une liste de critères qui découlent d’une analyse à priori établie en fonction d’un cadre de référence ou de critères qui émanent de l’interprétation proposée d’un corpus de productions analysées. L’élaboration d’outils d’évaluation devrait tenir compte des caractéristiques de l’objet à maitriser et de celles liées à son appropriation par l’élève/l’étudiant (Griffin, Hemphill, Camp & Palmer, 2004), dans l’idée de l’établissement d’une progression (Gagnon, Bourhis & Bourdages, 2020). Peu d’études encore interrogent la manière de déterminer ces critères, les façons d’arriver à un jugement valide ou simplement les instruments pertinents pour évaluer l’oral.

Ce numéro spécial vise à rassembler un ensemble de contributions amenant des connaissances relativement à l’évaluation de l’oral et à l’articulation entre l’enseignement dispensé et les démarches d’évaluation mises en œuvre. Est-il possible d’évaluer une performance orale dans toute son entièreté? Quel modèle de la performance viser? Quels aspects choisir d’évaluer? Quels outils promouvoir, sur la base de quels appuis théoriques? Comment traiter la place des émotions dans l’évaluation de l’oral? Comment penser les grilles, critères, à partir de quels observables?

Références bibliographiques :

Colognesi, S., & Deschepper, C. (2019). Les pratiques déclarées de l’enseignement de l’oral au primaire : qu’en est-il en Belgique francophone ? Language and Literacy, 21(1), 1-18.

Colognesi, S., Vassart, C., Blondeau, B. & Coertjens, L. (2020). Formative peer assessment to enhance primary school pupils’ oral skills: Comparison of written feedback without discussion or oral feedback during a discussion, Studies in Educational Evaluation (67), 1-15. https://doi.org/10.1016/j.stueduc.2020.100917

Dupont, P. & Grandaty, M. (2016). De la dichotomie oral enseigné-oral pour apprendre à la dialectique oral travaillé-oral enseigné. Repères, 54, 7-16.

Falardeau, É, Dolz, J., Dumortier, J.-L. & Le françois, P. (2016). L'évaluation en classe de français, outil didactique et politique. Namur : Presses universitaires de Namur.

Gagnon, R., De Pietro, F., & Fisher, C. (2017). Introduction. Dans J.-F. de Pietro, C. Fisher, & R. Gagnon (Éds.), L’oral aujourd’hui: perspectives didactiques (pp. 11-40). Namur: Presses Universitaires de Namur.

Gagnon, R., & Dolz, J. (2016). Enseigner l’oral en classes hétérogènes : quelle ingénierie didactique ? Les Dossiers des Sciences de l’éducation, (36), 109-129.

Gagnon, R., Bourhis, V. & Bourdages, R. (sous presse, 2020). Oral et évaluation : se sortir d’une dualité contradictoire ? Une grille comme outil de formation et de recherche. Pratiques,183-184, « Oralités et littératies ».

Garcia-Debanc, C. (1999). Évaluer l’oral. Pratiques, 103-104, 193-212.

Garcia-Debanc, C., Laurent, D., Margotin, M., Grandaty, M. & Sanz-Lecina, E. (2004) .Évaluer l’oral, in C. Garcia- Debanc & S. Plane (Éds.), Comment enseigner l’oral l’école primaire? (pp. 263-310). Paris : Hatier. 

Grandaty, M. (2001). Conduites discursives et gestion monogérée des interactions. Dans M. Grandaty et G. Turco (Dir.) : l'oral dans la classe. Paris, France : Insitut national de recherche pédagogique.

Griffin, T. M., Hemphill, L., Camp, L. & Palmer, D., (2004), Oral discourse in the preschool year and later literacy skills, First Language, 24(2), pp. 123-147.

Hassan, R. (2011). Analyser des performances : un examen à partir de la didactique de l'oral. Recherches en didactiques, 1/11, 143-162.

Nonnon, E. (2005). Entre description et prescription, l'institution de l'objet : qu'évalue-t-on qaund on évalue l'oral ? Repères 31, p.161-188

Sénéchal, K., Dumais, Ch., Bergeron, R. (Dir.) (2019). Didactique de l’oral : de la recherche à la classe, de la classe à la recherche. Montréal : Éditions Peisaj.

Calendrier

1 mai : les projets de contributions sont à faire parvenir à Roxane.Gagnon@hepl.ch et stephane.colognesi@uclouvain.be. Il s’agit de faire parvenir un document comprenant le titre, le nom des auteurs et leur(s) institution(s) d’appartenance ainsi qu’un résumé de la proposition, d’environ 300 mots.

Mi-mai : retour aux auteurs. Un suivi sera effectué invitant les auteurs à soumettre ou non une version complète de leur article.

15 septembre au plus tard : les contributions retenues sont à envoyer aux deux rédacteurs invités (Roxane.Gagnon@hepl.ch et stephane.colognesi@uclouvain.be). Tout envoi avant cette date sera apprécié car cela facilitera le processus éditorial. Les auteurrices doivent se conformer aux recommandations de la revue concernant la présentation et l’organisation des manuscrits. 

Politique éditoriale de la revue e-JIREF et évaluation des articles :

La Revue « Evaluer. Journal international de recherche en éducation et formation » (e-JIREF) est une revue scientifique francophone qui émane de l'ADMEE-Europe. Comme son titre l'indique, la revue envisage l'évaluation dans les champs de l'éducation et de la formation. Elle se propose de traiter de questions portant sur des thématiques diversifiées : les formes et fonctions de l'évaluation, ses enjeux psychologiques, sociaux et éthiques, ses étapes, ses objets d'études, ses méthodes et instruments, ses effets et utilisations, ses acteurs, ses partenaires et ses diverses approches disciplinaires. Les articles publiés font l'objet d'une évaluation en

« double aveugle », par les pairs. La liste de tous les évaluateurs est publiée annuellement, que les articles soumis aient été ou non publiés, sans référence directe à ceux-ci.