Texte de cadrage

À l’heure où nous écrivons ces lignes, en Europe, contrairement à d’autres régions du monde, la pandémie de covid19, bien que toujours active, ne suscite plus tout à fait les mêmes inquiétudes. Nous restons cependant, peut-être de manière temporaire, dans une période que nous pouvons qualifier de houleuse, où nos repères ont été largement bousculés, où nos capacités d’adaptation et de résilience ont été largement éprouvées, alors que les médiations techniques prenaient le pas sur les médiations humaines. Nous sommes, d’une manière ou d’une autre, transformé.es. Une transformation, une reconstruction parfois, qui reste cependant largement à définir. L’avenir nous dira s’il s’agissait d’un épiphénomène ou si nous considèrerons cette période comme le début d’un renouveau positif ou comme la fin d’une période dorée.

Ce constat, appliqué à nos vies personnelles, peut être étendu indubitablement à l’enseignement et plus particulièrement à l’évaluation qui s’est retrouvée plus que jamais remise en question. La quasi-totalité de la presse, qu’elle soit locale, régionale ou nationale, a publié des tribunes, des cartes blanches et s’est fait l’écho de débats vifs sur le sujet. Devait-on même évaluer alors que l’enseignement s’était paupérisé suite au basculement à distance (Detroz, Tessaro et Younes, 2020) ? Les modèles d’évaluation présentielle sont-ils applicables à distance ? Sous quelles conditions ? Qu’en est-il de la fracture numérique qui touche les étudiants, mais aussi les enseignants (Marguet et al., 2020) ? Ces derniers sont-ils correctement formés à l’évaluation (Demeuse et Aubert-Lotarski, 2007) ? Plus fondamentalement, peut-on repérer des effets de ce nouveau contexte maximisant la part du numérique dans les médiations  socio-cognitivo-affectives (Alloing et Pierre, 2017) ?

Après cet épisode qui a partagé quelques caractéristiques d'un champ de bataille, il est temps d'en tirer les principales conclusions. Que reste-t-il - que restera-t-il - de cette période riche, mais confuse, de nos dispositifs d’évaluation à distance ? Est-on face à une lame de fond irrémédiable qui nous mènera indubitablement à intégrer les technologies dans nos évaluations futures ? Ou assistera-t-on plutôt à un rejet définitif des évaluations à distance - en tout cas certificatives - échaudés que nous serions par des instruments d'évaluation qui, parfois ont été peu satisfaisants ? Va-t-on assister à une augmentation des évaluations continues, particulièrement utiles en cas de rupture de la continuité pédagogique ? Les enseignants vont-ils réinvestir les efforts effectués pour des évaluations à visée formative ? Les visions, attitudes et représentations des enseignants dans le domaine de l’évaluation ont-elles été modifiées ? Ces modifications éventuelles semblent-elles durables ?

Cet appel à texte vise à traiter ces questions, en dehors du contexte d’urgence, dans le cadre d’un numéro spécial classique d’e-Jiref. Classique, car nous attendons aujourd’hui que ces questions soient nourries par des études répondant aux critères habituels des publications scientifiques. Selon leur type d’analyse des données et leur complexité, ces études seront plus ou moins descriptives, diagnostiques, prédictives ou prospectives (Peraya, 2019) et, bien sûr, pourront répondre à plusieurs de ces visées simultanément.

Descriptives, car il est utile de bénéficier d’information sur ce qui s’est effectivement passé au niveau de nos pratiques évaluatives. Les enseignants ont-ils transformé leurs dispositifs présentiels en les calquant à distance ou, au contraire, les ont-ils modifiés pour tirer parti de la situation inédite, transformant ainsi une menace en opportunité de développement ?

Diagnostiques, car il est intéressant de comprendre ce qui peut expliquer les différences de comportement et d’attitudes des enseignants face à ce contexte. Comment peut-on expliquer, par exemple, que certains ont fait preuve d’une belle énergie alors que d’autres semblent s’être effondrés devant les premiers coup de butoir du COVID. Peut-on expliquer cela par l’écologie dont ils font partie ou par des caractéristiques plus personnelles ? Par leur niveau de développement professionnel, notamment dans l’usage du numérique? Par des caractéristiques psychosociales comme des capacités de résilience ?

Prédictives, car il semble opportun de se demander comment se positionnera, dans un futur proche ou lointain, la communauté des évaluateurs en cas de nouvel épisode de pandémie. Pourra-t-on réutiliser les fondements de ce que nous avons mis en place lors de cet épisode ? Dans l’affirmative, à quel prix et selon quelles conditions ? Si non, pourquoi ?

Prospectives enfin, car il s’agira sans doute de tirer des leçons de cette session hors norme : quant à la manière de ré-exploiter les efforts fournis à distance dans nos évaluations présentielles, mais également pour affiner nos conseils dans une situation similaire.

Alloing, C., & Pierre, J. (2017). Le web affectif. Une économie numérique des émotions. Bry-sur-Marne : INA Éditions.

Detroz, P, Tessaro, W., & Younès N. (2020). Edito : Évaluer en temps de pandémie. Évaluer. Journal international de recherche en éducation et formation, Numéro Hors-série, 1, 1-3. 

Demeuse, M., & Aubert-Lotarski, A. (2007). Quel cursus de base dans la formation à l'évaluation pour les enseignants et les formateurs ? In A. Jorro (Ed.), Evaluation et développement professionnel (pp. 169-183). Paris: L'Harmattan, coll. "Pratiques en formation".  

Marguet, L., Millard, E., Champeil-Desplats, V., & Hennette-Vauchez, V., (2020) Liberté, Egalité, Université à l'heure du Covid-19, La Revue des droits de l’homme [Online], 18 DOI : https://doi.org/10.4000/revdh.10172

Peraya, D. (2019). Les learning Analytics en question, Distances et médiations des savoirs, 25. 

Calendrier
  • Les textes (entre 40.000 et 50.000 signes, espaces et bibliographie compris) sont à rendre pour le 15 mars 2021
    Vous pouvez les envoyer à l’adresse detroz@uliege.be en format .doc.
  • L’expertise aura lieu entre le 15 mars et le 30 avril 2021 au plus tard.
  • Les textes devront être retravaillés pour le 30 mai 2021.
Format des textes

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  • Le texte de l’article est divisé en plusieurs parties, chacune identifiée par un titre. Des sous-titres et intertitres sont autorisés. Trois niveaux de titre sont permis en utilisant la logique de numérotation suivante : 1 ; 1.1 ; 1.1.1;, etc.

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